CFP : Spectralités dans le roman contemporain (Italie, Espagne, Portugal)

Appel à contributions pour la parution du volume:

Spectralités dans le roman contemporain (Italie, Espagne, Portugal)

Responsables : Marine Aubry-Morici et Silvia Cucchi, ED 122 (Université Sorbonne Nouvelle)

 

INTRODUCTION

Le concept de spectralité, tel qu’il est forgé par Jacques Derrida dans Spectres de Marx (Paris, Gali- lée, 1993), nous invite à nous interroger sur le grand retour du refoulé dans nos sociétés contempo- raines à travers la figure du spectre. Or, si le spectre, en « revenant » du passé, marque un point irré- solu de l’histoire, il est aussi une projection disjonctive du présent, et, avec ses menaces, aussi de l’avenir.

Le spectre s’est ainsi peu à peu dégagé de sa propre phénoménologie et d’une certaine figure clas- sique (topos du fantôme) pour devenir le signe d’un rapport particulier à l’histoire et à l’image : ce sont ces deux aspects que cette publication entend approfondir, en s’intéressant au roman contem- porain de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. En raison de leur histoire récente, marquée par la fin des grandes idéologies et par le développement significatif du pouvoir des médias, ces trois pays et leurs littératures entretiennent des rapports complexes avec l’histoire (désormais présente sous formes de trace) et l’image (horizon autoréférentiel de réalité).

En écartant la question de la littérature fantastique et en prenant soin d’envisager à la fois les formes

médiatiques et les moments historiques les plus marquants du XXème siècle – sans donc se limiter

au fascisme et à la Shoah, afin de ne pas oublier les événements les plus récents, voire le « trauma- tisme sans traumatisme » de notre présent (Giglioli) – nous voudrions comprendre si le concept de spectralité est pertinent pour analyser l’esthétique littéraire de ces trois aires culturelles, de la

deuxième moitié du XXème siècle à nos jours.

L’ouvrage s’organisera autour de deux idées principales de la spectralité déjà développées et appro- fondies pendant la journée d’étude organisée le 22 juin 2016 à l’Université Sorbonne Nouvelle: 1) L’Histoire sous forme de trace; 2) l’image et la question de l’(hyper-) réalité contemporaine. Quelle est, dans la littérature italienne, espagnole, portugaise contemporaine, cette forme moderne du spectre, en particulier dans une époque saturée d’images et de mémoire ? Que vient-il nous dire et que vient-il interroger ? Quel sens donner à sa présence au cœur de notre présent. ?

AXE 1: Revenances de l’Histoire

« Ce que le perdu exige, c’est non pas d’être rappelé et commémoré, mais de rester parmi nous en tant qu’oublié, en tant que perdu – et seulement dans cette mesure, en tant qu’inoubliable » précise Giorgio Agamben dans son essai Il tempo che resta. La littérature de l’Espagne, Italie, Portugal, à

partir de la seconde moitié du XXème siècle, semble ainsi marquée par la représentation du passé

historique sous la forme, amoindrie, d’une trace ou d’un spectre. Alors que le récit historique se fondait autrefois sur la triade de l’exactitude historique, du narrateur-témoin et des archives, à l’époque postmoderne de la « pensée faible » (Vattimo), l’expérience historique est devenue un hé- ritage spectral. La fin des grandes idéologies du passé (fascismes, utopies révolutionnaires) et l’héri- tage problématique des politiques plus récentes laissent place à une mémoire floue, présente par bribes ou par échos, qui dans la fiction contemporaine (par exemple celle de Italo Calvino, Bruno Arpaia ou Antonio Tabucchi, écrivains évoqués dans la journée d’étude) exprime à la fois perte de repères et quête de sens. Comment ces différentes formes spectrales viennent-elles hanter, dans un rapport médiatisé à l’histoire, cette littérature ? Absence de mémoire, nostalgie de l’histoire, distan- ciation et fascination, autofiction historique, déplacement et décalages, sous quelles formes peut-on trouver ces présences fantomatiques ?

AXE 2 : Spectralité et image

Dès son étymologie (« spectrum »), le spectre renvoie à l’apparition, c’est-à-dire à la question du rapport entre le visible et l’invisible qui parcourt la littérature contemporaine dans sa représentation de l’image et des médias mais aussi dans sa mise en scène du rapport refoulé à la mort qui caracté- rise le temps présent.

À partir des années 2000, nombreux sont les textes littéraires qui ont essayé de représenter la mé- diatisation de la réalité (Giuseppe Genna, Tommaso Pincio, Walter Siti, Giorgio Vasta). Surtout en Italie, mais aussi en Espagne et au Portugal, la télévision s’est imposée dans la société à la fois comme un instrument politique et comme une véritable « usine à simulacres ». « Au lieu d’aller au monde par la médiation de l’image, c’est l’image qui fait retour sur elle-même par le détour du monde » remarquait déjà Baudrillard dans son essai La société de consommation (1970). Aujourd’- hui, l’image ne renvoie plus à un référent réel : elle se « spectralise », en devenant elle-même son propre et seul horizon de sens. Cette nouvelle façon de percevoir entraîne une remise en question du concept de vérité et de réalité : pour le spectateur anesthésié par cette hyper-réalité virtuelle, qu’est ce qui est le plus réel, l’image produite par l’écran de la télévision ou de l’ordinateur (fiction ou fait divers) ou sa vie dans le monde réel ? Il est alors intéressant de sonder comment la littérature contemporaine réagit à ce nouveau rapport entre réalité et image : à la fois d’un point de vue formel (en développant de nouveaux genres ou des formes hybrides tels que l’autofiction, la non-fiction) et d’un point de vue thématique. La littérature est-elle capable de percer l’écran de l’hyper-réalité et de réveiller l’esprit critique du spectateur ? Comment peut-elle briser les simulacres médiatiques tout en utilisant les mêmes techniques représentatives des médias ? Quel sens donner aux simulacres qu’elle-même met en place ?

MODALITÉS DE PARTICIPATION

L’ouvrage réunira les contributions des participants de la journée d’étude sur la « Spectralités dans le roman contemporain » du 22 juin 2016 à la Maison de la Recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle et des nouvelles contributions afin d’elargir l’horizon de recherche sur cette question.

Les propositions de contribution de 300 mots maximum, rédigées en français, en italien, espagnol, portugais, anglais, accompagnées d’une courte notice biographique sur fichier séparé, le tout en format .pdf ou .doc, sont à envoyer au plus tard le 25 septembre 2016 à :

Marine Aubry-Morici (marine.aubry@gmail.com ) Silvia Cucchi (s_cucchi@yahoo.it).
La remises des textes, entre 30 000 et 35 000 signes, est prévue au plus tard le 1 décembre 2016.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.