Journées CAER AMU-AIPL-RWTH Aachen-L’Orientale, 11-12 déc.

PROGRAMME des Journées d’études LICOLAR 11-12 décembre 2014

« Réflexion théorique, traduction et élaboration d’un glossaire

terminologique guillaumien multilingue. Le lexique de l’ACTE DE LANGAGE »

Aix Marseille Université, Maison de la Recherche Schuman,

29 avenue Robert Schuman, Aix-en-Provence.

Salle 2.44.

Organisateurs :

Sophie Saffi (AMU), Stéphane Pagès (AMU), Stefan Gencarau (AMU/Cluj) et Pierre Blanchaud (RWTH Aachen).

Ces journées sont à l’initiative de l’axe Linguistique Comparée des Langues Romanes (LICOLAR) du Centre Aixois d’Etudes Romanes (CAER EA 854) de l’UFR ALLSH d’AMU, en collaboration avec l’Association Internationale de Psychomécanique du Langage (AIPL), l’Université Technique d’Aix-la-Chapelle (RWTH Aachen) et l’Université de Naples L’Orientale qui cofinancent le transport et l’hébergement des participants. Une convention avec la revue Studia Universitatis Babeş-Bolyai Philologia de l’Université de Cluj-Napoca (Roumanie), nous ouvre la possibilité de publier les actes de ces journées.

La première demi-journée du jeudi 11 décembre 2014 sera consacrée aux traductions en 6 langues (allemand, arabe, espagnol, italien, roumain, slovaque) des 5 conférences de Gustave Guillaume du 25 novembre, 2 décembre, 9 décembre, 16 et 23 décembre 1948[1] : discussion sur une sélection des principes théoriques guillaumiens, en fonction des difficultés de traduction ; confrontation des solutions de traduction inter et trans langue ; confrontation avec les définitions existantes et propositions de complément de définition ; échange autour des problèmes de traduction et leurs conséquences sur la transmission des principes théoriques avec une attention particulière pour l’emprunt de concepts de disciplines connexes par Gustave Guillaume pour l’élaboration de ses principes théoriques, ou encore la proximité des concepts utilisés chez Guillaume avec ceux employés par d’autres disciplines et d’autres spécialités (physique, philosophie, sciences cognitives etc.).

La seconde demi-journée du vendredi 12 décembre 2014 sera consacrée à la mutualisation des travaux d’élaboration du glossaire multilingue sur la thématique de l’acte de langage.

Des moments de rencontres entre les participants et avec les doctorants du CAER sont organisés le jeudi matin et le vendredi après-midi, ainsi que des réunions consacrées à l’élaboration d’un réseau et à la participation au prochain colloque international de l’AIPL.

Comité d’organisation :

Sophie Saffi : <sophie.saffi@univ-amu.fr>

Stéphane Pagès : <stephane.pages@univ-amu.fr>

Stefan Gencarau : <stgstg@gmx.fr>

Pierre Blanchaud : <blanchaud@sz.rwth-aachen.de>

Virginie Culoma Sauva : <virginie.sauva@laposte.net>

Virginia Lo Brano : <virginia.lobrano@virgilio.it>

 

Programme détaillé :

Jeudi 11 décembre 2014

9h00 Accueil des participants(Virginie Culoma Sauva et Virginia Lo Brano, Maison de la Recherche Schuman, salle 2.44)

10h00 Rencontres entre participants (Maison de la Recherche Schuman, bureau 3.13 et salle 2.44)

14h00 Pierre BLANCHAUD, RWTH Aachen, Allemagne. (Maison de la Recherche Schuman, salle 2.44)

Ambiguïtés du concept guillaumien de « saisie ». Ses traductions en allemand.            

14h20 Uwe FRANZEN, RWTH Aachen, Allemagne.

De la difficulté que présente la traduction des longues phrases complexes de Guillaume

14h40 Korbinian SCHRAML, RWTH Aachen, Allemagne.

Les choix qui ont présidé à la construction du site www.gustave-guillaume.org

15h00 Discussion animée par Gérard GOMEZ, Aix Marseille Université.

15h20PilarSARAZÁ CRUZ, Universidad de Córdoba, Espagne.

La traduction de Gustave Guillaume en espagnol : problèmes rencontrés, solutions proposées.

15h40Pablo PACHILLA, Universidad de Buenos Aires, Argentine.

Quelques remarques philosophiques sur le terme « psychomécanique », approche contrastive français-espagnol.

16h00 Discussion animée par Stéphane PAGES, Aix Marseille Université.

16h20 Pause café

16h40 Alida Maria SILLETTI, Université de Université de Bari “Aldo Moro”, Italie.

L’acte de langage : remarques terminologiques, stylistiques et contrastives français-italien.

17h00 Alberto MANCO, Université de Naples “L’Orientale”, Italie.

La traduction de Gustave Guillaume en italien : problèmes rencontrés, solutions proposées.

17h20 Discussion animée par Louis BEGIONI, Université Charles de Gaulle Lille 3.

17h40 Oana GENCARAU, Université d’Oradea, Roumanie.

La traduction de Gustave Guillaume en roumain : problèmes rencontrés, solutions proposées.

18h00 Ahlem GUIGA, Aix Marseille Université, France.

De la difficulté de traduire Guillaume en arabe: présentation de quelques cas concrets.

18h20 Zuzana PUCHOVSKA, Université Comenius de Bratislava, Slovaquie.

La difficulté terminologique et notionnelle de la réflexion linguistique guillaumienne pour le traducteur slovaque: quelques aspects du pourquoi de cette difficulté.

18h40Discussion générale animée par Alvaro ROCCHETTI, Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Président de l’AIPL.

19h00 Fin de la journée.

 

Vendredi 12 décembre 2014

9h00 Atelier-Workshop : établissement du glossaire (séance animée par Stefan GENCARAU, Université de Cluj-Napoca, Maison de la Recherche Schuman, salle 2.44).

11h00 Rencontres participants-doctorants (séance animée par Sophie SAFFI, Aix Marseille Université).

14h00 Réunion pour la réalisation d’un réseau international (séance animée Valérie ANDRE, référente chargée de mission Relations Internationales pour la Faculté ALLSH d’AMU).

16h00 Réunion de préparation du colloque international AIPL juin 2015, animée par Alvaro ROCCHETTI, Université de la Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Président de l’AIPL.

 

Pourquoi traduire Guillaume ?

Jean-Claude Chevalier (2007:23), linguiste hispaniste français guillaumien, dans son compte rendu sur la traduction de l’ouvrage de Gustave Guillaume par Alberto Manco, soulignait l’importance du difficile travail de traduire les textes théoriques du passé :

C’est l’intérêt d’une traduction, même tardive, que d’inviter à lire ou à relire un grand texte du passé. Elle étend sans doute la possibilité de son public. Elle rappelle surtout ou fait découvrir qu’il est des questions centrales auxquelles il n’a pas été répondu, qu’on a oubliées, esquivées, ou dont on ne soupçonne même pas l’éventuelle existence. Elle empêche qu’il n’y ait que le dernier outil qui compte. Elle évite que l’on s’enferme dans les seuls problèmes que dictent le moment, ses appareils, ses croyances ou ses modes. 

En janvier 2013, Sophie Saffi (Aix Marseille Université) lance dans le cadre de l’Association Internationale de Psychomécanique du Langage (AIPL), l’initiative de l’Atelier de traduction de la terminologie psychosystématique de Gustave Guillaume. Quelques mois après, Pierre Blanchaud (RWTH Aachen, Allemagne) profite des compétences informatiques de Korbinian Schraml et Uwe Franzen, deux étudiants allemands intéressés par la psychomécanique, pour créer le site qui va héberger tout le projet : www.gustave-guillaume.org. Sophie Saffi et Pierre Blanchaud poursuivent explicitement trois buts :

  • rendre accessibles les conférences traduites à des lecteurs intéressés qui ne maîtrisent pas assez le français pour les lire dans le texte original ;
  • comparer les difficultés auxquelles se heurtent les traducteurs dans les différentes langues, et aussi les solutions qu’ils y apportent ;
  • établir un vocabulaire technique multilingue de la psychomécanique.

Pourquoi rapprocher réflexion théorique et traduction ?

Les exemples de difficultés de traduction du métalangage de la psychomécanique du langage de Gustave Guillaume, montrent qu’il ne faut pas sous-évaluer le recours massif aux compétences référentielles que mobilise la traduction de textes scientifiques théoriques.

Toute traduction présente des marges d’infidélité. Le concept de fidélité est lié à l’idée que la traduction est une forme d’interprétation qui doit viser à reproduire l’intention du texte-source, en respectant ce que le texte dit ou suggère par rapport aussi bien à la langue dans laquelle il est exprimé qu’au savoir scientifique partagé, pour le cas qui nous occupe.

Du concept de fidélité découle celui de négociation. Michel Gourinat (1994) montre dans son manuel de philosophie que « les domaines de signification [étant] découpés de façon différente d’une langue à l’autre, il est impossible que le sens des termes se recouvre exactement et il est même souvent impossible de trouver, d’une langue à l’autre, des équivalents même approchés », d’où il résulte « une certaine incommunicabilité, qui est aussi une impénétrabilité des divers systèmes de pensée qu’elles expriment ». Roberto Silvi[1], dans sa préface, témoigne que le langage guillaumien se démarque par un lexique spécifique qui contient des néologismes, des termes provenant d’anciennes disciplines, l’adaptation de termes existants, et enfin des couples d’opposition.

Les solutions les plus appropriées seront trouvées dans le cadre d’un travail de groupe à travers les retours d’expérience des traducteurs et la confrontation avec les théoriciens de la psychomécanique du langage. Le terme négociation prendra alors tout son sens, car la négociation / traduction d’un texte scientifique théorique rejoint la réflexion épistémologique.

Un exemple concret : L’absence de vrai correspondant lexical

Une fois appréhendé le contenu nucléaire d’un mot, c’est-à-dire les notions élémentaires qui lui permettent de reconnaître un concept et donc d’avoir une idée de la signification du mot-source, le traducteur peut être confronté à l’absence de correspondant exact dans la langue cible.

Nous avons choisi d’illustrer cette situation avec un exemple tiré de la traduction qu’a faite Roberto Silvi de la leçon du 23 mai 1957[2] :

Cette interrogation documentaire conduit à reconnaître la successivité d’âges qui sont ceux de la civilisation matérielle et aussi ce qu’elle réfléchit en elle de civilisation idéelle […]

Questa inchiesta documentaria porta a riconoscere la successione delle epoche che sono quelle della civiltà materiale, e a scoprire anche ciò della civiltà ideale si trova rispecchiato in quella materiale […]

L’adjectif fr. idéel présente une difficulté de traduction au sens où Guillaume forge un terme technique à partir d’un terme déjà existant. Il entend par civilisation idéelle, par opposition à civilisation matérielle, la forme notionnelle de la civilisation, c’est-à-dire relative à la pensée, sous certains aspects le moteur de la forme matérielle de la civilisation. Silvi traduit cette expression par civiltà ideale, ce qui pose problème. Le fr. idéelle et l’it. ideale ont en commun le radical « idée », et qualifient donc tous deux la civilisation comme se rapportant à une forme non pas sensible mais intelligible, par opposition à la forme matérielle de la civilisation.

Cependant, le suffixe ajouté suggère une différence de valeur : en effet, le fr. idéelle qualifie le terme de civilisation de façon exclusivement neutre, lui conférant le sens évoqué ci-dessus. En revanche, le terme it. ideale (comme son équivalent fr. idéale) apporte un jugement de valeur au nom qualifié, en plus de lui donner sens : c’est-à-dire qu’il projette cette idée de civilisation idéelle au-delà d’un possible réalisable.

On peut penser que ce dépassement du point de vue de la signification du côté de l’adjectif italien est retenu, comme bloqué, par le choix du substantif qui précède. En effet, comme le fait remarquer Jean-Claude Chevalier (2007), « L’italien dispose pour référer à la notion de civilisation de deux vocables, civiltà et civilizzazione, le second, sans doute en raison de sa terminaison, fournissant une vue plus opérative du phénomène. » Le substantif civiltà par sa résultativité empêche l’adjectif ideale de déployer toute sa signification (saisie anticipée). En italien, c’est autant dans le choix du substantif que dans celui l’adjectif, que s’interprète l’opposition civiltà ideale vs. civiltà materiale.

Le lexique italien ne possède pas la dichotomie française idéel / idéal et le lexique français ne possède pas la dichotomie italienne civiltà / civilizzazione. Le traducteur est alors obligé de renoncer à certaines caractéristiques et à sauver seulement celles qui sont remarquables pour le contexte. Il trouve parfois des solutions élégantes, mais il n’est pas toujours à même d’exprimer toutes les dimensions du texte, son travail comporte donc des pertes par rapport à ce qu’implique le mot original.

Cette sélection, et la déperdition qui lui est afférente, peuvent être reprochées au traducteur dans la mesure où elles appauvrissent le message du texte original, dans notre cas les idées guillaumiennes. La non équivalence entre le fr. idéelle et l’it. ideale apporte une équivoque sur le sens voulu par Guillaume, ce qui peut conduire à une fausse réception par le lectorat au contact avec la traduction du texte guillaumien. Cependant, les pertes partielles dues à la traduction représentent des exemples intéressants de la diversité des civilisations entre elles dans leurs systèmes de pensée, en éprouvant leur éventuelle compatibilité. Dans notre cas, elles offrent une occasion de discuter la théorie guillaumienne, lorsqu’on prend connaissance de la traduction et de sa version originale, dans la mesure où la traduction peut appauvrir ou enrichir les termes originels et qu’elle propose des arguments dialectiques conduisant à une discussion sur le sens des termes. Langage et pensée étant interdépendants, une confrontation entre deux langues au moyen de la traduction contribue à enrichir cette pensée.

 

[1]          Gustave Guillaume, Principi di linguistica teorica, dir. Roch Valin, trad. Roberto Silvi sous la direction d’Arturo Martone, Liguori Editore, Napoli, 2000, 198 p. (Nota alla traduzione », pp. XXI-XXVIII)

[2]               Exemple : Principes de linguistique théorique, p. 129 / Principi di linguistica teorica, p. 162

 

[1] Cinq premières leçons d’une des trois séries de conférences que Guillaume avait tenues pendant l’année universitaire 1948-1949. Il s’agit de la seconde série, publiée sous le titre : Leçons de linguistique de Gustave Guillaume 1948-1949 (série B) : Psycho-systématique du langage. Principes, méthodes et applications 1. Les Presses de l’Université Laval – Québec / Klincksieck – Paris, 1971.

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